CONSTANCE CHLORE

L'AIR RESPIRAIT COMME UN ANIMAL

 

Nuit si chaude,
Mâcher ronger, avaler rouge
Cette blessure du dedans :
Les hommes errent dans les animaux
Le regard hanté par l’argile des routes.

De quel côté es-tu ?
Entre toi et moi y a-t-il un fil continu ?
Pelage.
Dans ce vertige tu me regardes.
Cornes.
Ton cri s’écoule et c’est un flot de sang.

Nous habitons le même sol
Nous respirons l’air
Nous sommes vivants
La mort, la folie : tenues dans la gueule.
Mots, souffle, regards nous reconduisent à nos frontières.
Dans la solitude des épines
Tu mêles ton odeur à celle des fleurs
Dans des traces aveugles
Tu fais le chemin
Là, tes noms boiront : chaque ombre a du sens.

Poil boue crasse.
Tu pulses dans un ventre très ancien
Quelque chose est avant le commencement
En fourrure en odeur et en cris.
Tu entends :
Homme ta langue est molle,
Tu as des fesses et tu es chauve.
La racine, ce sont tes mains,
Pattes devenues doigts.
La remontée vers toi me sera difficile.

Ne t’enorgueillis pas de la station debout
Tes façons de ramper sont aussi nombreuses.
Tu uses de l’outil pour sortir de ton corps
Qui te pousse à prolonger ce mouvement ?
Tu te sers d’un couteau : son manche est en os
Tu découpes et tu ouvres :
Ce que tu vois : tes propres yeux
Le calcul a aussi ses griffes.

Quoi te dévore à ce point ?
Tu portes le rire et l’effroi,
Les coups et l’esquive
De ces griffes à ta main
Est-ce un saut périlleux ?
Où loge le péril ?

L’air est plein de sons : de cris, de bêtes accrochées à tes os.
Dents acérées, œil défoncé de nuit
Des coups, ta nuque, la hache : ces déchirures
Ce que tu parcours : cette mise à mort: que nous nommons amour.
Animaux de la terre et de l’eau
Et ceux légers de l’air
Le monde n’est que rapports de prédation.

Affûts, cachettes, les pièges et les refuges :
Je sens par où être proche
Ce toucher me rapproche
L’étreinte est obscure
L’homme ne dévore plus :
Les crocs demeurent dans l’existence.
Et l’expérience qui s’y dépose
Ne rend pas forcément plus sage.

Et le sang et le silence des bêtes.
Sous la barrière des crocs : Tu cours, tu guettes, tu gueules
Tu me fais entendre un homme qui donne des coups
Mâcher, ronger, désosser, dépecer
Cette épreuve : être sous la main de l’Homme.
Te prodiguer douceur m’humanise.

Mammifères
Ce que nous sommes : j’ignore
Ce bouillonnement de vie.    
Animal : sang, nerfs, viscères et autre organes
Homme : sang, nerfs, viscères et autres organes
Sensations hautes,   
Nous traversons les mêmes chairs.
Ce qu’il y a de zoo en moi
Les barreaux que je n’arrache pas
Et l’émotion
Nous souffrons.

Donne ta main : le jour commence
Mes voix intérieures sont mes voix antérieures.

Aujourd’hui, presque : le soleil
Au risque de tes griffes
Je m’oublie dans les plis de ta fourrure
Tu t’étends dans tout mon sang
Le plus proche est aussi le plus lointain.
                             
Je te vois souvent en rêve. Des lumières approchent et viennent
Est-ce que ce sont tes yeux ?

 

 

 

EL AIRE RESPIRABA COMO UN ANIMAL

Noche tan calurosa,
Masticar roer, tragarse roja
Esta herida de adentro:
Hombres yerran en animales
La mirada encantada por la arcilla de sendas.

¿De qué lado estás?
¿Entre tú y yo hay un hilo continuo?
Pelaje.
En este vértigo me miras.
Cuernos.
Tu grito fluye y es flujo de sangre.

Habitamos el mismo suelo
Respiramos aire
Estamos vivos
La muerte, la locura: asidas en la boca.
Palabras, soplo, miradas nos devuelven a nuestras fronteras.
En la soledad de las espinas
Mezclas tu olor al de las flores
En rastros ciegos
Te abres un camino
Allí, tus nombres beberán: cada sombra asume un sentido.

Pelo lodo mugre.
Pulsas en un vientre muy antiguo
Algo existe antes del inicio
En piel en olor y en gritos.
Oyes:
Hombre, tu lengua, fofa,
Tienes nalgas y eres calvo.
Las raíces son tus manos,
Patas hechas dedos.
El ascenso hacia ti me será arduo.

Del estar vertical no te enorgullezcas
Tus formas de arrastrarte son también cuantiosas.
Usas la herramienta para salir de tu cuerpo
¿Quién te incita a proseguir ese camino?
Te sirves de un cuchillo: su mango hecho de hueso
Cortas y abres:
Lo que ves: tus propios ojos
El cálculo posee también sus garfios.

¿Qué te devora de esta manera?
Llevas la risa y el susto,
Los golpes y el esquivo
De esas garras en tu mano
¿Es un salto mortal?
¿Dónde mora el peligro?

Aire lleno de sonidos: de gritos, de bestias aferradas a tus huesos.
Dientes afilados, ojo hundido de noche
Golpes, tu nuca, el hacha: estos rasgones
Lo que recorres: esta estocada de muerte: que amor llamamos.
Animales de la tierra y del agua
Y los livianos del aire
El mundo es sólo un informe de depredación.

Acechos, escondites, trampas y refugios:
Siento por donde acercarme
Este tocar me arrima
El abrazo es hosco
El hombre no devora más:
Colmillos quedan en la existencia.
Y la experiencia que allí se depone
No nos hace imprescindiblemente más sabios.

Y la sangre y el silencio de las bestias.
Bajo la barrera de colmillos: corres, aguardas, gritas
Me haces escuchar a un hombre que da golpes
Masticar, roer, deshuesar, despedazar
Esa prueba: hallarse bajo la mano del Hombre.
Prodigarte dulzura me humaniza.

Mamíferos
Lo que somos: ignoro
Ese borbollón de vida.        
Animal: sangre, nervios, vísceras y otros órganos
Hombre: sangre, nervios, vísceras y otros órganos
Altas sensaciones,    
Surcamos las mismas carnes.
Lo que hay de zoológico en mí
Barrotes que no arranco
Y la emoción
Sufrimos.

Da tu mano: el día empieza
Mis voces interiores son mis voces anteriores.

Hoy, por poco: el sol
A riesgo de tus zarpas
Me olvido en los pliegues de tu piel
Te expandes por toda mi sangre
Lo más próximo es también lo más lejano.
           
A menudo te veo en sueños. Luces se acercan y vienen
¿Acaso son tus ojos?

 

Traduction / Traducción : ENÁN BURGOS

 

 

L'air respirait comme un animal / El aire respiraba como un animal

(extrait / extracto)

Poème écrit pour le spectacle musical et poétique conçu par Alain Bonardi, interprété au Festival du Mois Molière à Versailles, juin 2008. A la voix : Alain Bonardi, Jean-François Chiama,  Constance Chlore, Armelle Sebban. Piano : Armelle Sebban. Chant : Jean-François Chiama. Composition musicale : Alain Bonardi.

Poema escrito para el espectáculo musical y poético concebido por Alain Bonardi y realizado durante el Festival del Mes de Molière en Versalles, junio de 2008. Voces de: Alain Bonardi, Jean-François Chiama, Constance Chlore, Armelle Sebban. Piano: Armelle Sebban. Canto: Jean-François Chiama. composición musical: Alain Bonardi.

 

 

ENÁN BURGOS

Benjamin Péret, l'un des poètes surréalistes les plus authentique, dans l'introduction de son livre merveilleux, «Anthologie des mythes, légendes et contes populaires d’Amérique»,  a écrit ceci : «Le commun dénominateur unissant le sorcier, le poète et le fou ne peut être que la magie. Elle est la chair et le sang de la poésie… L’homme primitif ne se connaît pas encore, il se cherche. L’homme actuel s’est égaré… Si dans le camp réactionnaire on cherche à faire de la poésie un équivalent laïque de la prière religieuse, du côté révolutionnaire on n’a que trop tendance à le confondre avec la publicité. » Ces jugements de Péret sont pour PLEAMAR DIGITALE un phare qui guide son navire par l'inconnu dans sa recherche de voix vives, singulières et rares, de la poésie universelle. Constance Chlore, par ses trouvailles, son défi et sa manière irrévérente, dans un monde si « moral », de tisser la langue poétique et narrative, est l'une d'elles. Roman et poésie sont deux sentes sur lesquelles Constance fait voler sa plume effrénée sans abdiquer à sa condition animale et sauvage; destructrice d’un ordre trop réitéré, le désordre assumé la conduit, non sans entraves, à une méditation sur le langage et, chaque pas sur la page est une trace qui dénote la réinvention de ce même langage. Son écriture, bien qu’elle soit un défi à la logique, démontre que, malgré son insoumission, le tissu obtenu repose sur un maniement irréprochable des fils et nœuds de la grammaire. N'oublions pas que Constance est née en Belgique, à Bruxelles, pays connu par son plurilinguisme, sa peinture et son théâtre baroque, son surréalisme différent de celui de Breton en France, sa littérature fantastique, son néo-classicisme poétique qui a régné durant presque deux décennies après la deuxième guerre mondiale et qui voit surgir à partir des années soixante et soixante-dix une nouvelle génération de poètes qui cherchent à rompre radicalement avec les préceptes classiques. Dans une certaine mesure, Constance Chlore a héritée de ce mouvement qui perdure aujourd'hui à sa manière, le goût du renouvellement et la recherche de nouvelles formes du langage poétique en vers ou en prose. Pour finir cette rapide parade, je reprends un terme suggéré par le poète antillais Edouard Glissant, avec lequel je suis d'accord, quand il  oppose au terme problématique de "francophonie", un autre non moins controversé, celui de "créolisation" c'est-à-dire la diversité à l'intérieur d'une même langue de réponses corporelles et culturelles visibles. Tout cela pour éviter l'impact néfaste que la globalisation exerce en uniformisant la culture, notre corps social et intime et jusqu'à l'air que nous respirons. L'œuvre de Constance Chlore consciente de ce désastre s’insurge, libérée des modèles et des modes, elle nous invite à résister, à être et non à paraître; elle nous incite aussi à explorer corporellement notre jungle intrinsèque, à respirer l'air et la chlorophylle jusqu’à redevenir le singe que jadis nous étions, allant de branche en branche, de magie en magie, de folie en folie, par la canopée sonore de la poésie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Benjamín Péret, uno de los poetas surrealistas más genuino, en la introducción de su libro maravilloso “Antología de mitos, legendas y cuentos populares de América”, escribió lo siguiente: “El común denominador que une el brujo, el poeta y el loco sólo puede ser la magia. Ella es la carne y la sangre de la poesía… El hombre primitivo no se conoce aún, se busca, el hombre actual vive extraviado… Si en el campo reaccionario se intenta hacer de la poesía un equivalente laico del rezo religioso, en el campo revolucionario la tendencia mayor consiste a confundirla con la propaganda”. Estos juicios de Péret son para PLEAMAR DIGITAL un faro que guía su navío por lo desconocido en su búsqueda de voces vivas, singulares y raras de la poesía universal. Constancia Chlore, por su invención, desafío y manera irreverente, en un mundo si “moral”, de tejer la lengua poética y narrativa, es una de ellas. Novela y poesía son dos sendas sobre las cuales Constancia hace volar su pluma híspida sin abdicar a su estado animal y salvaje; destructora de todo orden demasiado reiterado, el desorden asumido la conduce, no sin trabas, a una meditación sobre el lenguaje, y cada paso dado sobre la página es una huella que denota el reinvento de ese mismo lenguaje. Su escritura, aunque sea un desafío a la lógica, demuestra que el tejido obtenido, a pesar de sus libertades, reposa sobre un manejo irreprochable de los hilos y nudos de la gramática. No olvidemos que Constancia nació en Bélgica, Bruselas, país conocido por su plurilingüismo, su pintura y su teatro barroco, su surrealismo diferente al propuesto por Bretón en Francia, su literatura fantástica, su neoclasicismo poético que reinó durante casi dos décadas después de la segunda guerra mundial y que ve surgir a partir de los años sesenta y setenta una nueva generación de poetas que tratan de romper radicalmente con los preceptos clásicos. Constance Chlore, en cierto sentido, heredó de ese movimiento que perdura hoy a su manera, el gusto por la renovación y la exploración de nuevas formas del lenguaje poético en verso o en prosa. Para acabar está rápida parada, retomo un término sugerido por el poeta Antillano Edouard Glissant,  con el cual estoy de acuerdo, al oponerle al problemático término de “francophonie”, otro no menos controvertido, el término de “créolisation”, es decir la diversidad al interior de una misma lengua de respuestas corporales y culturales visibles. Lo cual él propone para evitar el impacto nefasto que la globalización ejerce, al uniformar la cultura, nuestro cuerpo social e íntimo y hasta el aire que respiramos. La obra de Constancia Chlore consciente de ese desastre se subleva, liberada de modelos y modas nos invita a resistir, a ser y no a aparecer; nos incita también a explorar corporalmente nuestra selva intrínseca, a respirar el aire y la clorofila hasta volver a ser aquel mico yendo de rama en rama, de magia en magia, de locura en locura, por las cumbres sonoras de la poesía.

 

 

 

 

Née à Bruxelles, Constance Chlore vit actuellement à Paris. Elle a publié deux romans : Nicolas jambes tordues (Editions La Fosse aux ours) ; A Tâtons sans bâton (Editions Punctum). Et vient de terminer le troisième : L’œil dans la verticale. Mise en voix par Sonia Pastecchia d’extraits de L’œil dans la verticale, dans le cadre des Marathon des mots à Bruxelles. Avec Delphine Bibet, Catherine Mestoussis, Candy Saulnier et Sonia Pastecchia. Elle donne régulièrement à lire ses poèmes dans des revues. Et collabore régulièrement avec le compositeur Alain Bonardi. On peut entendre un extrait de Gestes de pluie, poème écrit pour pièce électroacoustique sur:

http://www.alainbonardi.net/creations.htm


Elle fait régulièrement des lectures dans des librairies, café-littéraire et lors d’évènements publics (salon du livre, Marché de la poésie, Périphériques de la Poésie etc.)

Nacida en Bruselas, Constancia Chlore vive actualmente en París. Publicó dos novelas: Nicolas jambes tordues (Ediciones La Fosse aux ours); A Tâtons sans bâton (Ediciones Punctum). Y viene de finalizar la tercera: "L’œil dans la verticale". Un extracto de este último texto fue presentado durante el evento "El Maratón de palabras" en Bruselas, dirección: Sonia Pastecchia, con la actuación de Delphine Bibet, Catherine Mestoussis, Candy Saulnier y Sonia Pastecchia. Sus poemas son publicados regularmente en revistas. Colabora frecuentemente con el compositor Alain Bonardi. Podemos oír un extracto de "Gestos de lluvia", poema escrito para una pieza electroacústica, en la página web siguiente:

http://www.alainbonardi.net/creations.htm

Realiza con frecuencia lecturas en librerías, cafés literarios y eventos públicos (Feria del libro, Mercado de la poesía, Periféricos de la Poesía etc.)

 

 

L’œil dans la verticale / El ojo en la vertical

 

Dessins et concept graphique / Dibujos y concepto gráfico: ENÁN BURGOS

© PLEAMAR DIGITAL

21 / 10 / 2011

http://pleamareditorial.free.fr/

http://enanburgos.free.fr/

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